Pour une photographe et une réalisatrice de films documentaires qui fait du déroulement et du développement naturels de ses histoires son approche favorite, un sujet tel que les « Gardiennes des semences » de Guinée-Bissau est idéal. Vanessa Ribeiro Rodrigues a passé un mois sur l’archipel planté de palmiers [les Bijagós] dans ce pays d’Afrique de l’Ouest pour dresser le portrait édifiant de ces femmes et donner de l’ampleur à leur projet qui pourrait être utile à des communautés bien plus loin.
Pour Vanessa, le point de départ de cette histoire a eu lieu en 2021 tandis qu’elle enseignait le journalisme d’investigation en Guinée-Bissau. « J’étais à la recherche de nouvelles histoires à raconter, » explique-t-elle. Je connaissais bien le travail de l’ONG Tiniguena dont les projets constituaient un mélange intéressant d’écoféminisme, d’agroécologie, d’émancipation et de durabilité. Quand j’ai entendu parler du travail des « Gardiennes des semences », j’ai été tellement intriguée par ce que cela signifiait et l’importance de leur mission que j’ai immédiatement su que j’avais trouvé mon histoire. »
Ces femmes font partie du groupe ethnique Bijagós et vivent dans la zone communautaire marine protégée des Îles Urok. Le rôle de ces femmes est de garantir la souveraineté et la sécurité alimentaires pour affronter de nombreux défis comme la montée du niveau des océans et l’augmentation des précipitations liée au changement climatique, ainsi que les menaces économiques et industrielles qui pèsent sur les récoltes indigènes de l’île comme la monoculture de la noix de cajou.
Mais il est impossible de raconter cette histoire de durabilité sans évoquer aussi l’inégalité qui fait partie du quotidien de ces femmes. « L’agriculture en Guinée-Bissau est basée sur le travail des femmes rurales, » continue Vanessa, « et la responsabilité de la sécurité nutritionnelle de leurs familles leur incombe. Cependant, en raison de lois et de pratiques discriminatoires, moins d’un pour cent de ces femmes sont propriétaires des terres qu’elles cultivent ». Convaincue qu’il était important de partager leur histoire, Vanessa s’est lancée dans un projet multimédia qui a déjà fait l’objet de multiples articles dans la presse internationale et portugaise, d’un film documentaire à paraître sur les écrans cette année, et qui prendra bientôt la forme d’une exposition immersive au Portugal.
Rien de moins facile cependant que d’interviewer et de photographier les gardiennes des semences. « Mon défi principal, » dit-elle en riant, « c’était que je devais m’occuper de tout, sans aucune aide ! J’avais très peu de temps et je voulais raconter l’histoire de nombreuses femmes, tout en réalisant tout moi-même : la mise en place, les interviews vidéo, les plans d’ensemble et de coupe, la réalisation de portraits et d’autres photos, l’enregistrement du son… et bien sûr le transport de tout mon équipement d’un lieu à l’autre. La géographie et les conditions météorologiques ont aussi joué un rôle important. Quand la marée était trop haute, il fallait embarquer dans des bateaux, mais souvent il fallait patauger et marcher pendant des heures pour rencontrer les personnes dont je voulais raconter l’histoire. »
« Dans un tel environnement, quand on tient un tel sujet, il faut vraiment se surpasser pour ne pas rater une occasion, » continue-t-elle. « C’est un engagement permanent, mais qui est toujours payant. C’est un privilège d’avoir la chance de pouvoir pénétrer dans cet univers et de découvrir une culture retirée et ancestrale. Quand on est à l’affût de beaux récits, c’est exactement le type d’histoire intemporelle qui peut faire la différence.
Pour ce projet, Vanessa a pu compter sur des auxiliaires de choix, son appareil photo Sony Alpha 7C avec son objectif FE 24-105mm f/4 G OSS. « Comme je devais tout faire par moi-même, cette combinaison était idéale, » explique-t-elle, « car elle est facile à transporter tout en offrant beaucoup de flexibilité et une grande qualité d’image pour les photos et les vidéos. La légèreté fait vraiment la différence quand on doit tout transporter dans un sac à dos pendant des semaines ! Et l’objectif permet de réaliser tous les types de cadrage que je souhaite : portraits, plans larges ou même un sujet de l’autre côté des rizières (bolama). L’ouverture f/4 procure une luminosité fantastique, ce qui est très important pour moi, car je préfère travailler seulement avec la lumière naturelle. »
En dépit de ces difficultés, Vanessa a respecté son approche typique qui consiste à travailler lentement et naturellement, à prendre le temps nécessaire pour gagner la confiance de ses sujets et pour respecter l’authenticité de leur histoire. « Je suis convaincue qu’on doit se donner le temps nécessaire pour la réalisation de films ou la photographie, ou les deux, » explique-t-elle. « J’aime établir un lien avec les gens, et cela demande du temps. »
« Je demande toujours aux personnes que j’interroge ce qui est important pour elles », continue-t-elle, « et ce qu’elles veulent que je transmette. Cela ressemble très souvent à un processus ascendant, on commence par transmettre ce que ces personnes veulent dire et cela devient respectueusement une collaboration. En effet, comme je ne fais pas partie de leur communauté, il ne m’appartient pas de dire quelles nouvelles sont importantes. Au lieu de cela, il faut redonner à ces femmes la parole pour raconter leur histoire. Comment puis-je les représenter ? Quelles sont leurs préoccupations ? Et quelle est la partie de leur histoire qui n’a pas déjà été racontée ? »
Pour Vanessa, les portraits de ces femmes ont une signification particulière. « Pour moi », explique-t-elle, « la photographie a un pouvoir que la vidéo ou la communication audiovisuelle n’a pas. Je ne veux pas dire que l’une est meilleure que l’autre, mais que les photos ont pour effet de figer le temps d’une autre façon que la vidéo et que cela peut stimuler différemment l’imagination du spectateur ou de la spectatrice. L’œil est attiré par les détails et s’attarde, débloquant ainsi une connexion particulière, un souvenir enfoui dans la mémoire, ou une idée qui était inconnue jusqu’à présent. Certes, la vidéo nous donne pratiquement tout – le mouvement, la langue et le son – mais on peut souvent trouver quelque chose de plus puissant en leur absence.
Maintenant que Vanessa est parvenue à capturer cette histoire, quel effet pense-t-elle que celle-ci puisse avoir ? « Je pense que ce genre d’histoire d’agroécologie peut être un brillant exemple pour le monde, tout en procurant en retour quelque chose aux gardiennes des semences », conclut-elle.